samedi 14 janvier 2012

L'argent comme lien social



Une des grandes idées d’aujourd’hui, redondante à chaque époque de crise, est la redéfinition de notre “vivre-ensemble”, menacé par l’individualisme ambiant.

Sans ce vivre ensemble, le “lien social”, autre rengaine de notre époque, expression fourre tout, se dissoudra. La société implosera, ce sera le retour de la loi de la jungle. Les faibles souffriront. Et l’agent de ce cataclysme, est l’argent, que l’on idolâtre, que l’on vénère, que l’on place à tort au centre de nos préoccupations. Il est tel un virus, qui enfoui au coeur de notre société par le capitalisme, la corrompt inéluctablement.

L’argent exacerbe nos penchants les plus vils.


Je prétends l'inverse, un peu comme Emmanuel Levinas, l’argent en lieu et place de pulvériser la société et de mettre un terme aux fameux “ vivre ensemble”, est le moteur de la coexistence pacifique des individus. Il assure ce lien social tant désiré.

Mais d’abord je vais esquisser la fonction que remplit l’argent.

C’est un bien dont on se sert non pas pour sa valeur d’usage, mais pour sa valeur d’échange. On l’obtient en l’échangeant avec des produits, et ultérieurement on pourra  échanger cet argent contre d’autres produits. Au final en reprenant les mots de Jean-Baptiste Say on aura “payé des produits avec des produits”.  

Cet agent d’échange, qu’est l’argent, permet d’améliorer la division du travail, donc de favoriser la spécialisation de chacun dans son travail et de favoriser la production, ce qui assure une amélioration du niveau de vie général.

Il devient aussi possible d’effectuer une chose irréalisable avec le troc pur ; le calcul économique. En affectant un  prix, en monnaie d’échange, aux autres biens on peut non seulement par ce prix comparer les différents articles que l’on veut obtenir, mais aussi faire la différence entre les prix des facteurs de productions que l’on achète avec ceux des biens (de consommations ou facteurs de productions) que l’on a produits avec. Désormais on sait si un profit se dégage, c’est-à-dire si le prix de vente est supérieur au prix d’achat des facteurs de productions. Par ce biais là, il est possible d’orienter la production vers là où elle est considérée comme utile.

Il faut à cette brève explication, ajouter un autre point majeur. La valeur donnée aux choses, en monnaies d’échange, n’a de sens que si l’on respecte des droits de propriétés privées. En d’autres termes dans un cadre social où la violence est proscrite (du moins considérée comme immorale). Le vol est interdit, les échanges ne peuvent être que libres.

On peut affirmer, après cette courte explication, que l’argent met en relation les individus et assure leur collaboration pacifique dans ce processus de division du travail pour la satisfaction mutuelle de leurs besoins. Sans équivoque il remplit une fonction sociale.

Mais allons plus loin dans ma démonstration.

L’argent oblige les différents acteurs à s’intéresser aux besoins des autres, c’est-à dire-à se conformer aux attentes de la société. En effet, si la production d’un service, tel un bien matériel ou un travail, n’est pas profitable, c’est tout simplement qu’il n’est pas voulu par les autres membres de la société. On n’est pas obligé de chercher le profit le plus élevé, il est légitime de se contenter d’une activité rapportant moins qu’une autre si on en tire une satisfaction personnelle, un profit de nature psychique non mesurable en monnaie. Mais quand cette activité ne rapporte plus aucun profit, par une augmentation de ses coûts de production par exemple, on doit alors changer son activité pour se conformer aux attentes des autres et renouer avec le profit. L’argent nous le rappelle, systématiquement. Il se fait le porte parole du réel, un signal d'alarme.

Les autres sont là et attendent de nous qu’on leur soit utile, si nous voulons qu’ils le soient pour nous même. Sans coercition, ni contrainte. Un geste civique en somme.

L’argent, prend alors une nouvelle dimension, il devient le symbole du lien social, un des moteurs les plus puissants du “vivre-ensemble. Il nous extraie de l’autisme. Il nous relie à la société, il nous lie à elle et de façon efficace, car il informe comment mieux l'aider. Il va sans dire, que cela perdrait tout son sens si le vol était autorisé.

Alors pourquoi cette haine de l’argent, et de son corollaire le profit ?

Hayek expliquait qu’il était difficile, d’un point de vue moral, pour la majorité des gens de comprendre que par un profit élevé, en vendant un bien à des individus que l’on ne connaissait pas personnellement par exemple, on était plus utile à la société qu’en aidant son voisin dans le besoin. Cette explication est vraie, mais non suffisante.

Je préfère celle d’Ayn Rand, qui révèle une perversité qui trop souvent anime les intentions de beaucoup. Dans le cadre d’un échange libre, les deux parties sont gagnantes, chacun voit son intérêt satisfait. Pour beaucoup c’est inacceptable. Ils ne reconnaissent la valeur d’une action par l’ampleur du sacrifice qu’elle nous fait subir. Un acte n’est que social qui si on se sacrifie pour la société. On doit subir une perte.

Cette société doit tout exiger de nous, nous, rien d’elle. Les autres sont nos maîtres et nous leurs esclaves. Voilà ce qu'ils appellent le vivre ensemble.

Dans ces conditions je vote pour l'agent.


mardi 3 janvier 2012

Quoiqu'il arrive, la révolution Ron Paul aura lieu.


En cette année 2012 les caucus de l'Iowa pour l'investiture du candidat républicain à l'election présidentielle des USA ont la particularité d'avoir en lice le libertarien Ron Paul, et celui-ci ne fait pas uniquement de la figuration, il est au coude à coude avec Mitt Romney dans les sondages pour briguer la premiére place.

 Bien qu'il  ai peu de chance d'être le candidat des républicains à l'issue de ces longues et épuisantes primaires, et cela principalement en raison de ses positions que je trouve un peu naîve en matiére de  politique étrangére (et les quelques casseroles qu'il traîne sur de supposés propos racistes et anti-sémites), sa présence et le succés qu'il rencontre ont singuliérement mis en avant l'idéologie qui le porte : le libertarianisme. Terme innaproprié en français, celui de libéralisme classique serait plus exacte. Et pourquoi classique d'ailleurs ? Le mot de libéralisme à lui tout seul est suffisant.

Alors que l'on croyait ce libéralisme à jamais voué aux gémonies depuis le début de la crise en 2008 , il fait un retour innatendu sur le devant de la scéne par l'entremise de ce candidat. Il a réussi non seulement à percer dans le camp républicain, mais aussi à attirer de nouveaux électeurs, en majorité jeune, qui jamais auraient voté pour un candidat de ce parti. Et cela en raison de cette idéologie libérale, clairement exprimée et qui se révéle d'une cohérence surprenante en cette époque de régne du relativisme et de pragmatisme qui rend tout programme politique confus et contradictoire.

En effet la plupart des programmes politiques ne s'adossent plus sur un véritable corpus idéologique, mais se prétendent n'être qu'un ensemble de mesures techniques pour solutionner les problémes quotidiens de tout à chacun. Il ne faut surtout point paraître dogmatique. Toute question de fond est évacuée. L'idélogie est devenue un terme grossier. C'est le prix à payer en social-démocratie.

Au contraire et à contre courant, l'idélogie libérale a cette ambition d'offir non pas uniquement une grille de lecture, logique et cohérente, à cette crise ( et de celles du passé) qui nous frappe de plein fouet, mais aussi de reconsidérer la place de l'homme, de chacun des individus, dans la société. De promouvoir une philosophie au caractère transcendant et universel. En somme de rammener l'éthique au centre des discussions, d'aller au delà de simple considération technique et d’élever le débat dans les hautes sphères de la philosophie. Chose dont les hommes ont terriblement besoin.

Elle dispose aussi de cette fraîcheur, malgré son âge avancé, d'apporter une nouvelle perspective sur notre monde et de s'attaquer aux idoles de notre époque, telles les banques centrales, que l'on croit indispensable dans notre paysage sociétal. C'est un renouveau de la pensée. Une révolution Copernicienne.

Ainsi elle fait preuve d'un radicalisme qui fait passer les indignés pour des conservateurs fades et qui, en dépit de l'échec probable de Ron Paul aux primaires et des attaques dont il fait l'objet, n’empêchera nullement dans les années à venir son ascension irrésistible.

Elle forcera  les deux parties majeures des USA, Républicain et Démocrate, à revoir considérablement des positions, de nature profondément coercitives et très disparates en apparence, qui leur sont communes, comme la légitimité d'une réserve fédérale ou la prohibition des drogues.

Et quelques soit les résultat de ces primaires, ce qui compte, c'est qu'à long terme, Ron Paul gagnera la seule bataille qui importe vraiment, décisive pour le sort des générations à venir ; celle des idées.