mercredi 25 avril 2012

Qui a légitimé le Front National ?





















L'impressionnant score de Marine Lepen au premier tour des élections présidentielles de cette année donnerait raison à ceux qui critiquait Sarkozy d'avoir, par ses prises de positions, légitimées les idées du Front National.

Ces détracteurs de cette politique ont vu juste, mais ce n'est pas toute la vérité. Ces analystes, en employant cette grille de lecture,auraient dû arriver aux mêmes conclusions avec les propos tenus par l'ensemble de la classe politique. La plupart des thématiques défendues par les parties en lice, aussi bien de Droite que de Gauche, ont bénéficié au Front National.

Je ne reviendrai par sur le contrôle de l'immigration et l'identité nationale Française défendu par l'UMP, elles ont été suffisamment évoqué par l'ensemble de le presse dite mainstream.

Quelles sont alors ces autres thématiques qui ont favorisé la percée du Front National au présenditielle ?

En premier lieu le protectionnisme, qui a fait un revival inatendu, et qui fut défendu aussi bien par Montebourg, ouvertement, que par Melenchon, avec sa relocalisation, que par Bayrou, avec son label " produit en France", ou par Sarkozy avec un "Buy European Act". Malgré les différences que l'on trouverait probablement dans ces différentes mesures proposées par les candidats, et ils le clameraient haut et fort, elles recouvrent la même idée du produire en France et de se protéger d'une concurrence déloyale organisée principalement par les pays dits émergents. Elles font l'apologie du protectionnisme, que le Front National a aussi défendu avec vigueur.

Mais plus spectaculairement furent les attaques contre cet ultra-libéralisme et cette finance dite dérégulée, reprises en choeur par tous les partis du spectre politique, sans exception, avec une virulence sans pareille, sans retenue, à croire que ces critiques furent refoulées sauvagement pendant des années et ne demandaient qu'à s’extérioriser avec violence. Tous les partis se sont jetés à coeur joie dans cette mêlée dont le seul et unique adversaire fut ce capitalisme fou et sauvage qui aurait imposé sa loi sur la planète en opprimant les peuples et les faibles. La banque, la spéculation, les produits financiers ont été dénoncé comme des armes malfaisantes au service d'une minorité de possédants. En fait jamais unité dans les discours ne furent à ce point visible entre tous les partis, le rêve de l'union nationale a trouvé sa consécration dans ces critiques acerbes. D'ailleurs le terme ultralibéral est devenue l'insulte absolue pour dénigrer son adversaire, employé sans aucune surprise par Melenchon à l'encontre de Sarkozy, mais de façon plus surprenante par Marine Le Pen contre la Gauche.

Directement lié à ces attaques, est le discours qu'une élite s'est durablement installée au pouvoir et aurait par l'intermédiaire d'une technocratie, française ou européenne, imposée cet ultralibéralisme sous la férule des banksters, et ce serait éloigné des préoccupations du peuple. Evidemment pour chacun des participants à cette course présidentielle, l'opposant appartenait à cette élite qui refuse de lâcher prise. Ce fut d'ailleurs  la thématique de Sarkozy en 2007, qui, bien que issu du parti au pouvoir, a pris fait et cause pour le peuple, en se revendiquant comme le candidat de la rupture, du changement, changement aujourd'hui voulu par dessus tout par Hollande, qualifié d'ailleurs de candidats du système par Aubry pendant les primaires socialistes. Mélenchon voulait la sixième république pour mettre fin à l'oligarchie en place et instaurer la vraie démocratie, et Lepen père et fille se sont toujours proclamés comme les vrais opposants à l’établissement symbolisé par l'UMPS.

C'est sur ce dernier point que le Front National a remporté la mise, car il est vrai que ce parti a toujours été exclu de la vie politique, à l'exception de son groupe parlementaire constitué fin des années 80, et toute alliance entre lui et la Droite a suscité l'ire des biens-pensants et fut vouée à l’échec. En ostracisant ainsi le Front National, celui-ci a gagné la légitimité d'être le vrai parti combattant l'oligarchie en place, et pour le coup, malgré un discours similaire à ceux de ces concurrents, il peut paraître comme étant celui du changement et de la rupture revendiqué par tous.

Mais ce qui est important, est que l’émergence d'un parti et de son idéologie ne se fait pas d'un seul coup de baguette magique, mais au contraire, comme le décrivait Hayek dans La route de la Servitude, elle est le fruit d'une ambiance idéologique prédominante, que l'on pense être, à tort ou à raison, comme étant la vérité actuelle, le paradigme de l'époque et dont les racines ont des origines souvent multiples et parfois surprenantes. Ainsi chacun des participants à l'élection proclamant une affirmation dans l'air du temps, comme les nécessités du protectionnisme, de réguler la finance, d'attaquer les riches, de monétiser la dette (soit en prenant le contrôle de la BCE ou en revenant au Franc) ne fait que renforcer les positions similaires du parti opposé. En somme  il légitime cette idée, et la majorité des gens la considère désormais comme justifiée, qu'elle s’avère vrai ou fausse. Dans ce phénomène il ne faut pas oublier le rôle prépondérant des intellectuels, des journalistes et des artistes, de tous bords et de toute obédiences.

Alors les électeurs, se tourneront toujours vers celui qui défendra les thèses du moment avec le plus d'ardeur et de sincérité. Ce fut le cas d'Hitler, dont les idées économiques, furent largement défendues par les sociaux-démocrates, les communistes ou les conservateurs, tout comme sa mystique païenne et occulte que l'on retrouvait dans l’intelligentsia de gauche (lire le XIXé siécle à travers les âges de Phillipe Murray) ou sa dialectique révolutionnaire qui fut lancée par les communistes. Peu importe, les idées aiment à voyager.

Le Front National a bénéficié de ce phénomène en étant le creuset, le collecteur d'une majorité des thèses défendues par tous les parties, et qui ne furent pas seulement celle de la lutte contre l'immigration ou de la préservation de l'identité nationale, mais aussi celles d'un anti-capitalisme et d'un anti-libéralisme sauvage partagés par tous et qui fait de la France, dans ce domaine, une exception culturelle dans le monde.