lundi 24 juin 2013

Les Français deviendraient-ils Randiens ?



















En cette période où l'idéologie socialiste semble régner de façon indiscutable, du moins dans les médias et la bouche de nos éminents intellectuels (et de tous les partis), et cela quelle que soit la forme qu'elle peut prendre aujourd'hui, un petit rayon de lumière vient d'en percer les ténèbres.

 Ce petit espoir prend la forme d'un sondage La poste/TNF/Sofres relayé par BFMbusiness. Et on y découvre que pour une majorité des Français ce sont les entrepreneurs qui sortiront le pays de la crise. 81 % des sondés font confiance aux petits patrons, alors qu'ils ne sont que 10% à faire confiance aux politiques pour régler les problèmes endémiques du pays !

Mieux encore, ils ont une vision positive de l'avenir, qui sera marqué indubitablement par le progrès. Mais pas par ce progrès qui prend cette forme fantasque de conquêtes ou d'acquis "sociaux",  qui n'est que la forme moderne et sécularisée des croyances magiques d'antan, mais par le biais de la technologie, de la science, de la médecine et d'internet. Évolutions qui ne sont possibles que par l'accumulation de capital et le libre marché.

De là à dire que les Français se sont convertis à la philosophie Randienne -qui glorifie l'entrepreneur comme le vrai héros de la société- et qu'ils embrassent pleinement les principes du libre marché, ce serait faire preuve d'un optimisme démesuré et d'une méconnaissance des réalités de notre société. De plus ne perdons pas de vue tous les biais liés aux sondages et des interprétations hâtives que l'on peut en faire.

Mais quand on sait  les politiques et leurs programmes guidés essentiellement par ces enquêtes d'opinions, cela ne peut que les encourager à prendre véritablement parti pour les entrepreneurs, et in fine à avoir une orientation libérale dans leurs discours.

Et ils ont intérêts à faire vite. Parce qu'ils sont sur le point de devenir une espèce en voie de disparition. Comme cité en début de billet, seulement 10% des français leur font confiance. D'ailleurs comment vont-ils faire dans ces conditions pour convaincre les Français d'avoir confiance eux ?

J'imagine difficilement  un homme politique vendre un programme de défiance envers les politiques dans lequel il considère son action inutile et celle des entrepreneurs la seule utile à la société. Ce serait d'ailleurs la seule action utile qu'un homme politique puisse faire à la société. « Un glorieux acte d'auto-immolation » en reprenant les mots de Rothbard quand il détaillait un État se dés-Etatisant.

Mais je ne pense pas qu'ils iront jusque là. Car on peut faire pleinement confiance aux hommes politiques et d’État de ne jamais sacrifier leur propre intérêt ; et c'est bien le seul précepte d'Ayn Rand qu'ils respectent à la lettre.

Les Français sont lucides, après tout, de ne plus leur faire confiance. Serait-ce le frémissement d'un vrai changement ?







mercredi 12 juin 2013

Ces retraites qui nous opposent



Voilà ! à nouveau l'actualité est gouvernée par la reforme du système de retraite. Épisode habituel de notre social-démocratie qui la rythme comme un tour de France ou un Open de Roland Garros. Et comme toujours, nous sommes abreuvés des mêmes rengaines sur la nécessité impérieuse de reformer notre système pour assurer la solidarité de notre nation, sans quoi ce serait l'apocalypse. Et comme toujours, c'est promis, ce sera l'ultime réforme qui nous assurera des lendemains heureux... jusqu'à la prochaine saison, sans quoi on s’ennuierait.

Et Marisol Touraine,  en charge de ce dossier épineux, d’entrée de jeux, ne fait pas dans la langue de bois. Elle prévient que «des efforts seront nécessaires et chacun devra y participer», et que dans ce contexte douloureux «n'opposons pas les uns aux autres».

La première remarque est véridique, car pour sauver le puit sans fond de notre système de retraite c'est un euphémisme que d’exiger des efforts pour sauver ce qui ne peut l'être et comme de toute façon il est obligatoire de cotiser à la Sécurité Sociale, tout le monde devra y participer, comme si on avait le choix. 

Par contre la deuxième remarque, un classique au demeurant, est faux ; c'est même l'exact opposé. Car il est vain d'essayer dans ce système de répartition de ne pas opposer les uns aux autres : car son génotype est en fait d'opposer les uns aux autres.

 Le fondement même de ce système repose sur l’antagonisme des intérêts. Son financement, sa mécanique, sa nature se fonde sur le fait que chacun vit aux dépends des autres. Les avantages des uns se font aux détriments des autres. Toute les discussions auxquelles ces fameux partenaires sociaux participent vont consister tout bonnement à savoir qui va payer pour l'autre. Cela n'est évidemment pas explicité dans ces termes crus, le système serait invendable et rejeté par tous. Cette réalité est masquée sous un fatras de logorrhées sociales où l'on parle de concertation sociale, de round de négociation sociale, de refondation du pacte sociale et j'en passe, pour masquer platement un brutal rapport de force. En ne perdant jamais de vue la solidarité de ce système comme socle fondamentale de notre patrie, histoire de ne pas se sentir coupable de duper son partenaire.

Le plus souvent, comme chacun des groupes n'étant pas en mesure de payer quoi que ce soit ou plus qu'il ne peut le faire, on reporte le problème à une autre échéance par de l'endettement. C'est en somme faire payer les générations qui ne sont pas encore là pour défendre leur pré-carré . C'est ce qu'on appelle avoir une vision à long terme et faire jouer la fameuse solidarité entre les générations.

Ce constat m'évoque la formule d'Adam Smith sur la concordance des intérêts personnels, qui malheureusement a été galvaudé et incomprise. La poursuite de l’intérêt personnel au profit de celui général ne peut se faire que dans le cadre d'un marché libre, et uniquement dans ce cadre. Et cela à pour condition le respect des droits de propriété privée ; c'est-à-dire du principe de non-agression.

Un individu pour bénéficier du bien des autres, en dehors des dons, doit l'échanger contre un bien ou un service qu'il a produit lui-même. L'individu A produit la nourriture qu'il échange avec les habits produits par l'individu B. Chacun voit ses besoins satisfaits. Les intérêts se concordent. Il y deux gagnants, chacun s'efforçant de produire ce qui pourrait intéresser l'autre, dans le but  soi-même de recevoir une chose qui répond à ses intérêts.

Cela n’exclue pas le fait que l'individu A gagnerait plus peut-être à voler B, qu'à produire une chose qui intéresserait B. Il lui couterait moins en temps et en ressource à voler qu'à produire. Mais dans ce cas, les gains de A se feraient aux dépends de B. Il y aurait antagonisme des intérêts et l’émergence d'une situation conflictuelle.

 Quand elle est reconnue pour telle, on demande justice et réparation. Mais quand elle est institutionnalisée et reconnue à tort comme légitime, elle établit un régime de guerre sociale à minima, de basse intensité, qui garde un aspect de civilité et d'ordre, mais dont les fondations sont immanquablement fragiles, et toujours sur le point de s’effondrer.

 C'est le cas pour notre système de protection sociale où les intérêts sont par nature en oppositions. Ces négociations ne sont rien d'autres qu'une forme raffinée et évoluée de guerre civile, où un groupe tente de s'octroyer des privilèges aux dépends d'un autre.

Il est inéluctable que dans ces conditions on ait tendance, de façon quasi intuitive, à vouloir opposer les uns aux autres dans ces soi-disantes discussions. Et l'avertissement de Marisol Touraine ne fait que confirmer cette réalité.

Mais il y a un moyen d'harmoniser les intérêts et de les rendre complémentaires. Ce serait de sortir de ce système. Par le biais du MLPS et de Claude Reichman, en faisant jouer certaines dispositions européennes
 non respectées en France. Il serait alors possible pour tout à chacun de cotiser dans des assurances vies privées ou des plan épargnes retraites privées. Ce serait autant de retraites sauvées, d’épargnes constituées qui serviraient à l'investissement, et de moyens libérés pour la consommation, sans que cela se fasse aux détriments des salaires et des revenus des indépendants.

Et sans que cela soit dommageable pour nos politiques aussi. Au contraire ils se délesteraient d'un fardeau dont ils n'auraient plus la charge.

 Imaginez un instant !

Plus d'interminables discussions entre partenaires sociaux autour d'une table jusqu'à 6h du mat, plus d’hermétiques débats à la télé entre économistes sur les différents leviers pour sauver les retraites (durée de cotisations ou niveau de cotisations), plus de manifestations de syndicats, plus de lutte des classes, plus rien de tout ça. D'un coup tout cela s'évanouirait ! Ce spectacle pathétique, cette farce sociétale, cette mascarade sociale auquel on a droit cycliquement, et dont on connait d'avance l'issue (l'échec), n'aurait plus lieux.

Autant de migraines en moins chez nos politiques pour un problème dont ils ne voient aucune issue favorable dans un avenir désormais très court. Aussi bien eux que les assujettis sociaux seraient gagnants. De quoi satisfaire les intérêts de tous.

Et pour le coup, dans un tel système il sera légitime de mépriser ceux qui voudront opposer les uns aux autres.

lundi 3 juin 2013

Le caractére immoral de l'abaissement du plafond du quotient familial












Un nouveau mini-drame vient de se clore dans notre chère patrie. Dans sa quête de sauvetage perpétuel de notre système social le gouvernement a décidé de ne point toucher aux allocations familiales mais plutôt de baisser le plafond du quotient familial. En somme d'augmenter les impôts d'une partie de la population.

Les raisons sont diverses et multiples ; on invoque la simplification de mise en œuvre  ne nécessitant «pas d'une administration supplémentaire qui aurait coûté plusieurs centaines de postes» ou alors de façon presque ironique le caractère supposé indolore, car «aucun contribuable n'est en mesure de savoir combien lui rapporte le quotient familial, contrairement à la clarté des versements provenant de la CAF.»

Mais au delà de ces distinctions, il y a en a une autre qui à la lumière de la philosophie libérale mérite d'être mentionnée. 

La distinction entre bénéficier d'un allégement d'impôt et de recevoir une subvention n'est pas que d'ordre technique, mais aussi d'ordre morale.

Dans le premier cas, on échappe à la spoliation légale qu'exerce l’État, on bénéficie d'un peu plus de liberté, ce qui est parfaitement légitime. Même si par ce biais on paye moins d'impôt que d'autres, et que cela pourrait induire à développer ce concept erroné de rupture d'égalité sous l'impôt, la liberté recouvrait par ce moyen, n'est en rien injuste. C'est l'exact opposé ; c'est juste. Toute liberté qu'un individu peut obtenir, alors que d'autre ne l'ont pas, n'est pas amoral. Murray Rothbard villipendait ceux qui favorisaient ou encourageaient l'égalité de l'impôt (comme la flat tax) ; ce serait comme favoriser l’égalité de servitude ou d'oppression. Qu'un esclave puisse bénéficier, dans un monde tyrannique, d'un peu plus de liberté qu'un autre, n'est pas répréhensible en soi.Tant mieux pour lui. Qu'un foyer dit aisé, puisse diminuer sa charge fiscale par le nombre de ses enfants, ne peut être répréhensible ; il ne fait que conserver ce qui de Droit lui appartient.

Au contraire bénéficier d'allocations est plus que tendancieux. C'est obtenir l'argent des autres. Même si c'est par le biais de l'assurance maladie, qui se prétend être une assurance pour laquelle on cotise et qui  nous donne droit à des allocations en conséquences, ses fondations sont corrompues et reposent sur la coercition. C'est une simagrée de mutuelle privée.

Ceux qui reçoivent ces allocations sont coupables de vivre d'argent volé. L'accusation est violente, mais elle n'en est pas moins vrai. Les bénéficiaires peuvent se défendre de payer de nombreuses taxes et cotisations, aussi bien directes qu'indirectes, et que dans cette atmosphère de matraquage fiscale, ils tentent de récupérer ce qu'ils peuvent. On peut comprendre l'argumentation ; il y a circonstance atténuante. Mais en rien cela n'ôte le caractère immoral du procédé.

Et tout ce que cela peut engendrer et encourager.

En allant jusqu'au bout du raisonnement, et contrairement  à ce que l'on pense intuitivement comme juste, baisser les allocations familiales eut été plus juste (il n'est pas certain par contre que les cotisations ou les impôts baisseraient en conséquence).

Cette distinction peut paraître au premiers abords excessives, mais elle est de taille. Elle nous rappelle le caractère immoral de l'action d'État, mais aussi la différence entre spolié et ne pas spolié. Il n'existe pas de dépense fiscale, ni d'économie réalisée quand l'État abaisse le plafond du quotient familial. Considérer cela pour vrai, c'est prétendre que tout ce que chaque être humain possède appartient à priori à l'État, et qu'il n'est propriétaire de rien. Mettre fin à une niche fiscale, n'économise en rien pour le budget de l'État, ce n'est qu'un artifice sémantique pour justifier le vol par l'augmentation des impôts.

Dénoncer cela n'est pas appeler à l'abolition immédiate de l'État, (ce qui serait catastrophique à court terme), mais considérer les choses pour ce qu'elles sont, et non pas pour ce qu'elles prétendent être.

C'est mieux connaître la nature du Léviathan qui nous gouverne.