jeudi 21 novembre 2013

Ce que coûterait la révolte des bonnets rouges



800 millions d'Euro ! c'est la somme d’après un article du  monde, que coûterait aux contribuables la révolte des bonnets rouges, et cela par les dégâts qu'ils ont occasionnés aux biens dits publics (bornes écotaxes et radars), par le fameux « manque à gagner» dont vont souffrir le caisses de l' État, et par les aides que ce même État a du débloquer pour aider une Bretagne en délitement économique. 

Un point est vrai dans cet article : les aides de l'État vont coûter aux contribuables, non seulement par ce qu'elles vont ôter,  mais aussi par leur inefficacité et leur conséquence néfaste, ce qui est le propre de toutes les subventions. 

Mais il est bien curieux de faire culpabiliser ceux qui refusent de payer un impôt en prétextant une facture plus lourde pour le contribuable.

Tout d'abord c'est revenir sur ce fameux mythe, celui du prétendu intérêt collectif, qui n'a aucune réalité, et qui fait croire que le bien être de l'État est concomitant de celui de l'ensemble des citoyens. S'attaquer au bien public ; ce serait attaquer le bien de tout le monde, ce serait violer la propriété de chacun, voudrait-on nous faire croire. Mais il n'existe pas de bien dit public ; par définition rien sur cette terre ne peut appartenir à tout le monde, puisque le fait qu'une chose puisse appartenir à quelqu'un, c'est que par définition elle n’appartient pas à autrui. C'est un truisme. Mais voilà, ce que l'État perd, vous le perdez aussi nous dit-on ! Alors donnez tout ce que vous avez à l'État, et vous serez le grand gagnant.

Un autre argument invoqué, et qui est plus réaliste, est le fait que ceux qui détruisent le bien public feront payer l'addition à d'autres ( et même à eux ). C'est bien vrai ! Mais le fait même que l'on exécute le paiement de cet impôt, celui de l’Ecotaxe dans ce cas précis, serait aussi dommageable, non pas uniquement pour ceux concernés directement, mais aussi inévitablement pour tous. Alors qu'est-ce cela change ? De toute façon toute le monde passera à la caisse dans cette affaire. Le seul raisonnement valable en matière de coût est le suivant : Coûte-t-il plus cher aux « publics» de faire les frais de cet impôt ou de faire face à ceux des destructions occasionnées par cette jacquerie ? C'est le seul choix rationnel.

En réalité, ce qui embête les hommes de l'État, et que ceux qui vont faire les frais de ces contestations ; c'est eux.  Et tous ceux qui vivent des prébendes qu'ils distribuent (dont même des bonnets rouges figurez-vous !). L'État souffrira de ce manque à gagner, et lui uniquement, c'est pour cela qu'il se crispe et tente de culpabiliser tout le monde.

Quand il essaye de faire croire que détruire ces bornes Écotaxes reviendrait à alourdir les charges qui pèsent  sur les autres ; c'est aussi ridicule que de menacer des esclaves qui brisent leur chaîne d'en mettre de plus lourdes et de plus serrées à ceux qui ne se révoltent pas, et cela en guise de punition dans une tentative maladroite de culpabiliser les frondeurs. Est-ce cela ce fameux intérêt collectif de nos bien-pensants ? Faire chanter les révoltés en menaçant les autres ? Le problème ne vient pas de ceux qui refusent de prendre leur part de coups, mais de celui qui les inflige.

Mais quand l' État se sent menacé, il n'est pas à un sophisme prés. Il usera de tous les moyens dialectiques pour pérenniser ce mythe du consentement à l'impôt, de son utilité sociale et économique, et des dégâts que l'on s'infligerait si on le contestait.

Le propos que je tiens est certes radical, et je ne crois pas qu'un jour de mon vivant, je verrais une société sans impôt naître des décombres de celle-ci. D'ailleurs, de façon paradoxale, je ne pense même pas qu'il serait souhaitable que l'on abolisse les impôts, aujourd'hui, d'un seul coup ; cela aurait des conséquences dramatiques et imprévisibles (mais qu'on les baisse drastiquement, ce serait bénéfique ) .

Mais quand l'Etat s'attaque à la liberté d'expression, par exemple, ou quand il vous surveille par sa multitude de caméras, on s'en indigne souvent, et à juste titre, même si c'est pour des raison dites «d'Etats» et de sécurités intérieures. Parfois on accepte (mais difficilement) la nécessité de ces dispositions tout en restant  méfiant dans cet empiétement des libertés qui fait craindre le pire. On sait dans ce cas précis l'Etat être une bête redoutable qui se pare de bonnes intentions.

 Mais quand il s'agit des impôts, il n'ait jamais question d'empiétement des libertés, ni de violations de droit fondamentaux, que nenni ! ce n'est qu'une question technique, wertfrei, en dehors du champ de la morale et de l'éthique, laissée aux bons soins d'experts qui sauront aux mieux en fixer le taux, comme celui de la température qu'une machine devrait avoir, pour en extraire le plus de ressources avec le moins de cri, comme dirait notre bon vieux Colbert.

Et nous en faisons les frais, au quotidien.





dimanche 3 novembre 2013

Un nouveau pacte fiscal ?



Copé ,dans une tentative désespérée de récupérer à son compte ce vent de fronde fiscale que l'on sent monter dans notre nation hexagonale, a déclaré lors d'un interview donnée au Figaro qu' «une fissure gigantesque dans le consentement de l'impôt en France s'est créée».

Le consentement à l'impôt.  Voilà le concept le plus étrange de notre époque.  L'analyse un tant soit peu poussé de ce concept nous révèle sa contradiction interne qui le rend intenable au regard de la logique pure et simple : par définition l'impôt n'est pas consenti. Il se fait contre la volonté de celui qui le subit.

Selon la philosophie libérale il n'est rien moins qu'un vol, revêtant les oripeaux de la légalité ou dans ce cas précis du consentement. Cette notion de consentement, tente de faire croire, par un subterfuge dialectique, matiné de « pacte social et républicain» que l'impôt aurait été consenti aux même titres qu'un contrat d'assurance, par le biais du mythique «contrat social», si chère à nos Rousseauistes. Ainsi dans la mythologie Républicaine, aux origines de notre nation, (probablement aux alentours de la Révolution Française ?) les Français rassemblés dans l'agora nationale auraient consenti, et cela de façon éclairée, à payer un impôt pour subvenir aux besoins suprêmes de notre État : une contribution dite volontaire.  Ce qui rend cet impôt non pas comparable aux extorsions de l'époque féodale, mais parfaitement légitime, car choisi librement et donc applicable à tous.

D'ailleurs chaque élection, aujourd'hui, est devenue le rituel sacré pour consacré une énième fois ce pacte républicain à contribuer aux finances du pays.

Évidement cette logorrhée, digne d'une étudiant de sciences pô, ne s'encombre pas de toutes ses contradictions dans le réel. Mais surtout, et c'est cela le pire, c'est qui il n'y a jamais eu le moindre pacte fiscal fondateur de notre république. Personne n'a signé quoi que ce soit, et ne s'est engagé à quoi que ce soit. Et si même ce fut le cas, pourquoi cela concernerait-il les descendants des signataires ?

Le seul document que l'on peut considérer comme fondateur de notre république, est celui de la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et qui dans son article XIV évoque « la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.»

On y évoque cette notion de consentement libre, mais qu'elle est-elle ? S'agit-il de faire payer des services dans les mêmes conditions que ceux obtenus par un contrat de droit privé ? S'agit-il d'une contribution que l'on verse comme une donation faite à une organisation de charité ?

Et est-ce que cette contribution publique et librement consentie est compatible avec les droits naturels que sont la liberté, la propriété, la sureté et la résistance à l'oppression stipulés par l'article II de la déclaration des Droits de l'Homme ?

De toute façon, peu importe, la déclaration des Droits de l'Homme n'est pas un contrat signé, un pacte entre deux parties qui définiraient des obligations à remplir, mais une reconnaissance manifeste de Droits attachés à chaque être humain, inaliénables en d'autres termes, et qui ne peuvent être révoqués sous aucun prétexte. Ce serait contre nature.

Formulé autrement : Les Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, et cela malgré de nombreux vices de formes, et ils sont malheureusement nombreux, ne font que décrire une réalité tangible qui ne peut être ignorée : à savoir que l'homme est libre.

Et que l'impôt reste un vol.

Et si son soit-disant consentement a été brisé, c'est qu'aujourd'hui on risque moins à se révolter qu'à le payer docilement. Auparavant son coût était largement inférieur à celui que l'on devait subir en cas de refus.


C'est ainsi qu'il faut bien comprendre l'obscénité du discours de Copé quand il veut refonder le pacte fiscal avec les Français, en diminuant les impôts et les dépenses publiques. Il veut en sorte refonder l'asservissement que subissent tous les français, renégocier ces termes pour assurer la docilité des esclaves et maintenir les maîtres au pouvoir. Un Marxiste (ou un Melenchoniste aujourd'hui), dans sa terminologie, dirait que le capitaliste réduirait ses profits pour en laisser un peu plus à ses ouvriers qui alors ne seraient plus poussés à la révolte. C'est cela renégocier le pacte fiscal, selon Coppé. D'autant plus que lui-même, par son passé, a œuvré directement à l’alourdissement de cet impôt qui suscite aujourd'hui tant de colère.

Cette nouvelle sympathie qu'éprouve Copé à l’égard du peuple de France me rappelle le discours hué (un mur à Berlin, 1h24) de Gunther Shabowsky, un cacique du parti de l'ex- RDA, qui quelques jours avant la chute du mur tentait devant une foule nombreuse de récupérer à son compte le mécontentement populaire. Sans succès bien évidemment. C'était jouissif de voir cette foule rejetait d'un seul bloc cette tentative pathétique du pouvoir à renégocier ses termes, par un nouveau pacte peut-être ?, avec le «peuple» en considérant ses aspirations légitimes. Plus personne n'était dupe d'aucun nouveau pacte.

Espérons que les Français ne le soient pas eux aussi ; dupes.