vendredi 2 mai 2014

L'utopie immorale de Piketty







Depuis la parution de son ouvrage aux USA, Le Capital au XXI siècle, suscitant l'engouement chez la Gauche américaine, Thomas Piketty est à nouveau la coqueluche des médias.  Inutile de revenir sur sa dénonciation des inégalités croissantes de ces dernières années, referez vous à cet excellent article. Je vais plutôt évoquer sa solution, débordante d'originalité pour y remédier :  taxer cette insidieuse accumulation de capital. Évidemment, conscient de la mondialisation de ces capitaux, qui les rendent intouchables par les États, Piketty prône un impôt mondial, qui, on se l'imagine, sera appliqué par une super-administration-régulatrice internationale, dont je suis sûr, notre économiste aurait une place d'honneur parmi ses innombrables comités d'experts.

Je ne dénoncerais pas l'inanité et la dangerosité d'un tel projet, ni reviendrais sur les sophismes qu'emploie Piketty à tour de bras pour étayer ses thèses au relent Marxiste. Je vais plutôt m'attacher a démontrer en quoi ce projet de taxe mondial, n'est non seulement pas efficace pour réduire les inégalités, mais surtout amoral et à rebours de l'éthique conventionnel.

Il faut tout d'abord rechercher les véritables causes de ces inégalités. Elles résident dans l'activité expansionniste des banques centrales, qui a provoqué depuis ces trente dernières années cette accumulation de richesses dans les mains d'un si petit nombres, en somme de ceux qui sont les premiers à bénéficier de cet argent nouvellement créé avant que ces effets ne se fassent sentir sur les prix. Le résultat en est un transfert massif de richesses, d'une majorité de gens (la plupart de ceux qui ont un salaire fixe et une épargne conventionnelle) vers une minorité ( ceux qui sont à la source de cet argent nouvellement produit ; banquiers, hommes d’État et grandes fortunes), avec toutes les nuances et tous les dégradés entre ces deux extrêmes.

Nous sommes les témoins  par le biais de cette inflation, du plus gros braquage de tous les temps, dont une des caractéristiques, mais la plus déterminante, est que seule une personne sur un million est en mesure de comprendre ce qui se passe, en reprenant la formule de Keynes.

Mais la question fondamentale persiste, pourquoi est-ce un vol ?  Cette augmentation des prix n'est que le fruit des échanges du libre-marché (ou de ce qu'il en subsiste), rien de plus logique. On dénonce, avec raison et vigueur, les rentes monopolistiques, les licences exclusives, les oligopoles qui organisent une rareté et augmentent les prix artificiellement. Les coupables sont ceux qui bénéficient de ces privilèges. Mais pourquoi accuser aussi les banques centrales, supposées stabiliser cette finance folle et supplées à nos manques de liquidités ? Pourquoi attaquer le gendarme monétaire dont on ne pourrait pas se passer ?

Justement parce que ces institutions monétaires bénéficient aussi d'un monopole, le plus recherché d'entre tous les monopoles, et le plus méconnu aussi : celui de la création monétaire. Grâce à ce privilège exorbitant, et avec l'aide du bras armé des États (un monopole aussi), les banques centrales imposent leur monnaie sur un territoire géographique donné. Et pour quelle raison ? Pour pouvoir s'adonner sans retenu à l'inflation, dont je dénonçais à l'instant les conséquences dramatiques. En effet quand elles augmentent la quantité de monnaie en circulation (directement ou indirectement par des mécanisme complexes), nul ne peut y échapper, ou très difficilement.

Car un des moyens les plus efficaces de se prémunir de l'inflation monétaire est de pouvoir changer de monnaie. En somme de faire jouer la concurrence, au même titre qu'un autre bien dit classique. Les institutions émettrices de monnaies seraient alors obligées de se discipliner et ne pourraient plus déverser des torrents de liquidités dans nos économies.

Interdire à un individu de choisir ( ou de produire) sa monnaie  revient à violer sa propriété privée au même titre qu'un vol. La mécanique est toutefois indirecte et sournoise, la rendant quasi indécelable. Ainsi désarmé, le citoyen lambda,  se trouve en grande difficulté pour parer aux ravages de l'inflation ( a part, pour les mieux lotis, en faisant jouer la concurrence entre les monnaies monopolistiques d’États ou par des opérations spéculatives en anticipant la montée des prix).
Alors taxer cet argent volé, c'est-à-dire à ceux qui bénéficient en premier de ces liquidités fraîchement émises et dont les richesses se constituent aux détriments d'une majorité, cela revient à partager le butin d'un vol. Ce n'est pas mettre un terme à l'acte moralement répréhensible, le vol par l'inflation, ce n'est pas rétablir des droits fondamentaux qui sont quotidiennement bafoués, la liberté monétaire, mais c'est en bénéficier à son tour, comme un vulgaire mafieux, en touchant sa part du gâteau en échange de son silence. C'est se faire le complice de cette spoliation.

De plus prétendre que cette taxe aurait pour but de réduire voire d’éliminer les inégalités de revenus est en soit ridicule. Il suffirait plus simplement de supprimer en premier lieu ce transfert illégitime de richesses. Ce serait aussi absurde que de se contenter de reprendre (ou de re-voler) ce qui a été volé pour le restituer, sans jamais prévenir, ni se soucier des vols à venir.

Mais même en supprimant les effets délétères des politiques centrales, il subsisterait toujours des inégalités de revenu. En effet, dans un marché véritablement libre ces inégalités de revenus et de richesses sont légitimes et nécessaires au bon fonctionnement de la société. Sans ces inégalités de revenus les acteurs économiques seraient dans l'incapacité d'orienter leur production pour satisfaire la demande des consommateurs. Elles ne se font pas aux détriments des gens, elles n'appauvrissent pas, au contraire elles sont le fruit d'un gain réciproque, où l'on récompense ceux qui ont su rendre les meilleurs services aux plus grands nombres, contribuant ainsi à la prospérité générale et remettant aux plus capables les capitaux nécessaires à la production.

Par contre ces inégalités de revenus provoquées par l'inflation des banques centrales sont destructrices et asociales, et vouloir les réduire par des taxes en rien ne corrigera ce système frauduleux, au contraire ce sera par des voies légales le rendre pérenne. C'est lui donner une légitimité morale. Volez tout ce que vous voulez, du moment que j'en profite moi aussi.

Piketty, conscient de la difficulté à appliquer un tel projet d'impôt mondial, parle d'«utopie utile», devant guider toutes les consciences et les actions, même si sa réalisation ne sera jamais totale.

Pour ma part je parlerais plutôt d'utopie immorale.